STRATÉGIE / ÉPARGNEZ-NOUS VOS « GO VEGAN » ! ON NE FAIT PAS DE RÉVOLUTION AVEC UN PANIER DE COURSES

[Pourquoi établir une différence entre véganisme et antispécisme ?] • Ce n’est pas la notion de « véganisme » en tant que telle qui pose problème mais plutôt sa mainmise sur les médias et surtout le fait qu’elle soit perçue et promue comme le but escompté des actions menées par les différentes associations animalistes. L’antispécisme est en quelque sorte « invisibilisé » par le véganisme, dans l’espace public.
La raison en est simple : plus mainstream, la notion de « véganisme » est moins politisée, plus joyeuse et surtout plus à même de faire vendre !
Le véganisme parle surtout d’humains et pas beaucoup des autres animaux… De même que ces derniers disparaissent peu à peu des événements et lieux estampillés du précieux label « vegan » (style VeggieWorld). Par peur de choquer ou de ne pas être assez aimable, on préfère même ne pas mentionner les victimes et se tourner vers des arguments anthropocentrés. On préfère parler de notre régime alimentaire plutôt que du sort des opprimés. Cette injonction constante à donner une bonne image de soi et à rendre notre discours complaisant démontre l’effet communautarisant et dépolitisant du véganisme, comme si l’unique stratégie que nous avions à proposer était la fameuse règle d’or du marketing : « séduire plutôt que convaincre ». L’antispécisme n’a pas besoin de « faire envie » ni de « faire vendre » : les impératifs de justice et d’égalité doivent se suffire à eux-mêmes et n’ont nul besoin d’artifices publicitaires.

L’obsession du consumérisme et de l’individualisme conduit à récompenser la prise de conscience plutôt que le passage à l’acte, met en avant le véganisme plutôt que l’antispécisme et se soucie du contenu de l’assiette des véganes plutôt que du sort des opprimé.e.s.

[Une dépolitisation croissante des grands mouvements de justice sociale] • C’est un phénomène tout à fait classique : celui d’une tentative de récupération des « ismes » par la publicité et le système capitaliste, une vaste dépolitisation des grands mouvements de justice sociale. La journaliste féministe Dawn Foster dénonce ce phénomène dans son ouvrage intitulé « Lean out », qui aborde une tendance nommée le « Femvertising » : l’utilisation de cris de ralliements féministes, détournés, pour faire vendre des produits normés qui prônent précisément le contraire !
De la même manière, le mot « vegan » est devenu un label, une marque, une mode, une communauté, un hashtag branché, une identité sociale, une marque de noblesse pour stars, un enrobage gentiment idéologique à une société inchangée. Pourquoi ça marche ? Parce que cela promet une garantie de rébellion sans pour autant terrifier l’opinion publique, un sentiment d’engagement sans perdre ses repères consommatoires normés…

[Faire la révolution en remplissant son panier de courses ?] • Plus on individualise la question animale, moins on la politise. La stratégie majoritaire adoptée par le mouvement animaliste est celle du mimétisme : on n’y débat pratiquement jamais de projet politique et on se tourne vers une approche moraliste bien peu ambitieuse.
Il s’agit au contraire pour nous d’exprimer des idées et de porter une revendication (abolition du spécisme) au lieu de vouloir faire partie d’une catégorie (être vegan).
L’exigence de justice réclame des changements législatifs, institutionnels ou sociaux ; l’appel à la vertu est apolitique : il demande aux gens de modifier leur comportement individuel.

Des décennies d’échec devraient nous inviter à changer de stratégie… Les individus sont souvent le produit des normes et institutions de leur société : celles-ci doivent être critiquées et ciblées par notre activisme pour faire changer les choses.
Dans le discours actuel, le capitalisme reste intact. Nous n’osons pas désigner un ennemi, nous n’osons pas désigner notre véritable but qui est celui de la fin de l’exploitation animale, en se disant qu’il est trop ambitieux pour l’instant.

(🎙 Extrait de la conférence intitulée « L’antispécisme : la désobéissance en héritage », dispensée par Tiphaine Lagarde & Ceylan Cirik et organisée par l’A.E.P.P. le 8 mars dernier à Paris)

📷 Photographie : Action directe de blocage de l’abattoir Guy Harang (78 – France), opération menée par les activistes de 269 Libération Animale le 26 avril 2018 (© Clara Nourry)

1 réflexion au sujet de “STRATÉGIE / ÉPARGNEZ-NOUS VOS « GO VEGAN » ! ON NE FAIT PAS DE RÉVOLUTION AVEC UN PANIER DE COURSES

  1. Bonjour,

    J’ai 18 ans et je vous soutiens depuis l’Île-de-france. Merci à vous de vous battre en dénonçant de la meilleur manière les violences faites aux animaux. Vous ne faites pas que les dénoncer, non, vous les bloquez, et pour ça, je vous dis bravo.

    Je pense qu’il n’y a pas meilleur moyen aujourd’hui pour faire changer les choses que de venir directement bloquer les abattoirs, choquer les populations et faire tout ce que vous faites chaque jour. Le gouvernement fait la sourde oreille. Tout ça pour quelques euros en plus de chiffre d’affaire, car bien sûr il est tellement facile de se faire de l’argent sur le dos d’êtres sensibles et impuissants face à la cruauté humaine.
    Mon rêve est de venir, à mon tour, bloquez ce couloir de la mort. Mon rêve est, qu’un jour, des âmes soient sauvées, et que je puisse recueillir à vos côtés ces adorables moutons, veaux, taureaux, truies, poules, ainsi que tous nos amis, nos frères et sœurs qui vivent l’enfer sur Terre.

    Je vous encourage de tout mon cœur à continuer vos actions chocs. Nous exigeons que ces horreurs cessent. Je refuse d’entendre les discours tels que « oui mais c’est comme ça » ou « oui mais il faut bien se nourrir » et toutes ces absurdités pareilles. Il n’est pas uniquement une question de veganisme ou de bien-être animal. Il est question d’abolir l’élevage et l’esclavagisme, sous toutes ses formes.

    Que les animaux vivent heureux, en paix et comme bon leur semble.
    Que nous puissions apprendre à nos enfants qu’il n’est pas une question de nature, mais de degré, et que comme nous un veau pleure sa mère et que comme nous ils ont besoin d’amour, de tendresse, d’être rassurés et de vivre heureux.

    Pour tout cela, je souhaite vous dire merci. Vous marquerez l’histoire, c’est une certitude. Et un jour, tout cela cessera.

    Vous êtes mes héros.
    Leurs héros.

    Merci.

    Léa

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